35. Dystopie
Et puis un beau jour
Je décidai d’aller faire un tour
Flâner un peu
Combler le temps creux
Dont il faut profiter des fois en ne faisant « rien », au mieux
Direction l’Avenue de la Liberté
Mince alors ! Elle était fermée
Car beaucoup trop encombrée
Par des fourgons grillagés
où à l’intérieur on voyait
Des prisonniers entassés
Sortis du tribunal à côté
Encadrés d’une escorte renforcée
« Ils ont bien choisi l’endroit »
Me suis-je dit, en revenant sur mes pas
J’entame alors la Rue de la République
Belle avenue bien propre bien éclairée et c’est logique
Ça mène droit
Vers les anciens domaines des rois d’autrefois
Leurs châteaux, leurs jardins leurs cours d’eau
Et même leurs fanions et drapeaux
Qu’on garda en héritage.. une relique, frappée d’un sceau
témoignant de l’authenticité, de l’historicité du « cadeau »
Le cadeau qui a survécu au temps, aux mensonges des hommes qui les contredisent aujourd’hui quand ils disent,
Nous sommes tous égaux
En droit en devoir et même en ego…
C’est risible pour ne pas dire : « Tout est faux ! »
Drôle de république
J’emprunte ensuite une rue sympa
La Rue de la Gare
C’était autrefois un lieu phare
Des gens aimant la vie, le matin le midi et le soir
Où on étalait l’élégance la beauté et l’art
Des gens posés, des dilettantes* avec qui on aimait sympathiser
Des gens qui dégageait une immense humilité
Mon étonnement fut grand
Quand je remarquai que rien n’était comme avant
La rue désertée, les boutiques, les bistrots fermés
Et même le « Café de la Gare » était sur le départ pour une fermeture prochaine annoncée
Je rêve ou c’est la réalité ? Me suis-je demandé, effaré
Comment la vie peut-elle aussi facilement se suicider ?
Je me dirigeai alors vers la Place de la Concorde
Et c’est là où tous les syndicats, même ceux sous les ordres
Se sont donné rdv pour débattre sur leur discorde
Chacun dans le temps qu’on lui accorde
Avant que la police n’intervienne et c’est là que ça déborde
La police, me suis-je demandé : sert la concorde ou la discorde ?
Mon itinéraire vira alors vers la Rue de la Paix
Ce n’était pas un choix, j’étais obligé
Les alentours étaient barricadés
À cause des manifs et des risques estimés
La rue de la paix était la seule issue
Sauf si, bien sûr, on voudrait « nasser »…
À ce moment-là pensant l’avoir échappé… Non, raté je me suis fait coincer
Bien pendant une heure… La paix s’était bien barrée.
Ma route « continua son chemin »
Qui déboucha sur le Boulevard de la Solidarité
Une grande artère entretenue au centimètre carré peut-être même au millimètre près
De part et d’autre des pavillons bien agencés
des boites aux lettres alignées
Des haies bien taillées
Bien arrosées et qui ne jaunissent ni en automne ni en été
L’habitant d’ici, me suis-je dit, ne doit être solidaire qu’avec son voisin d’à côté.
Ai-je eu raison ou tort, qu’importe, il s’agissait d’avancer
Car je commençais à me lasser
De ces empruntes humaines qui violent la nature et font d’elle une entité, soumise à notre volonté, prête à tout moment d’être agressée
Alors, pitié
Construisez-moi la Rue de la « Nature Pure »
Pour le besoin d’une cure d’amour, d’oxygène et d’eau fraîche, cela ne devrait pas être dur
Loin des écolos anarchistes,
Des élagueurs d’arbres,
Des tailleurs d’arbrisseaux
Et des chasseurs d’espèces menacées dans le proche futur
Laissez-moi marcher pieds nus sur des chemins en terre
Des passerelles en pierre
Bordées de cactus et de lierre
Pour stimuler mes sens et apaiser mes nerfs
Laissez mes pas errer dans les forêts, les steppes et les plages dénudées et nettoyées
De toutes les salissures régulièrement déversées
Par des hordes sauvages au portrait « civique » et « civilisé »
Boire à la source une eau purifiée, fraîche, que les montagnes ont filtrée
Sans qu’elle ne soit traitée, et encapsulée dans du plastique « reconditionné »
Laissez-moi
Contempler le ciel et les astres éclairés
Par leur propre lumière ou par celle reflétée
Admirer les couleurs du lever au coucher
Écouter la terre, notre mère, vibrer
À la fréquence de mon âme et de mon être émerveillé
Laissez mon instinct me conduire et me traduire mes propres sensations mêlées à mes souvenirs
Laisser mes intuitions choisir
Sans me demander comment faire ni comment élire
Mes faits, mes gestes et mes dires
Quoi adopter et quoi fuir…
L’ordre naturel des choses ne peut me nuire
En moi habite l’osmose qui m’a programmé
pour bien vieillir… et ainsi « bien mourir »
La vie n’est qu’un laps de temps, court mais pourvu qu’il dure !
Pourvu que ça dure !
W.S. 19.04.24
