3. Harraga de luxe !
On oublie d’en parler
Ils ont toujours existé
Sans risque de noyade mais la mort dans l’âme
Ils partent avec un visa
À l’aventure
Avec bagage et bagages
Sans se retourner mais sans tourner la page
Car ce qu’ils laissent derrière eux est à pleurer de différentes façons
Une maman un quartier des ami.e.s
Et des routines de seconde nature
Dont il fallait casser les liens pour sortir de la cage
Mais aussi
Des panneaux « Sans issue » aux quatre coins cardinaux
Des murs usés, que calaient leurs dos
Durand des hivers rudes et des étés trop chauds
En s’inventant des histoires, de l’espoir, en mélangeant le vrai et le faux
Mais aussi
L’armée de faucons
Qu’on voyait à la télévision
Bien haut placée, vivant dans le coton
Cumulant les riches au gré du temps
Les faucons ont eu raison de leur patience
(Excusez cette digression, une parenthèse de circonstance)
Ces gens qui bouchent les horizons en silence
Escortés nuit et jour même en vacances
Ces goujats sûrs d’eux-mêmes et n’ayant aucune réticence
Même pour piétiner les lois et aller dans le contresens
S’octroient la part du lion en menant la dance.
Et dorment un œil ouvert et l’esprit en quête d’allégeance
Ils habitent à la télé où on les voit jubiler
Et disent avoir les meilleurs hôpitaux
Les meilleures universités et la plus grande mosquée
Parlant moitié arabe moitié français et en derdja « la troisième moitié »
Ils parlent ed-derdja pour être proche du peuple et le soudoyer
Mais aussi parce qu’ils ne savent pas s’exprimer
Aucune langue chez eux n’est maîtrisée
En plus d’être corrompus de l’orteil à la crinière.. frisée
Leur carrière repart à 70 ans
Se voyant encore jeune comme des enfants
Parlent d’avenir en marginalisant
La vraie énergie qu’est la jeunesse : le vrai carburant.
Je ferme la parenthèse et reprends mes vers rimant
Les harraga de luxe eux, une fois dans leur nouveau monde
Sont triés testés
Acceptés ou rejetés
Ils échouent ils chutent ils se relèvent et se disent ce n’est qu’un round
Ils repartent… et rentrent dans l’histoire en accéléré
L’unité de mesure de l’âge n’est plus l’année
Les jours et les décennies sont entremêlés
Même les doigts de la main ne servent plus à compter
Tout leur échappe même la filature du temps
Et un beau matin ils ouvrent les yeux pour faire le bilan
Pour certains, c’est l’apothéose, des renommées mondiales
Une gloire au profit du pays d’accueil, hélas oui au profit du pays d’accueil
Pour d’autres c’est le rêve qui perdure, mais celui d’avoir un jour la fameuse épitaphe
« 3ach ma k’seb met ma khalla »*
عاش ما كسب مات ما خلّ
Et pour les deux, cette question dans la tête
Et si j’étais resté au bled ?
…
30/08/2018
* Ayant vécu sans rien posséder et étant parti sans rien emmener…


