39. Eux et les autres
Il y a des gens qui s’endorment comme on dit sur leurs lauriers
Dorment comme des loirs à longueur de journée
Il y en a qui sont de nature casaniers
Vivant derrière des portes fermées
Ils ne connaissent pas même leurs voisins de palier
Il y en a qui vivent dans des terriers des troglodytes dans la nuit noire et cherchent en plus à s’invibiliser
car pour eux, bien vivre, c’est vivre cachés
‘ y en qui font tout pour le plaisir de passer à la télé
être vu partout sur les murs les écrans et tout support de publicité
être le nombril du monde quitte se créer des pièges et s’y aventurer
ou plonger yeux fermés dans des scénarios pour être manipulés
Pourvu qu’ils soient reconnaissables applaudis enviés et adulés
‘y en a qui comptent les sous comme on compte les cailloux
‘ y en a qui comptent les gouttes de sueur sur le front et les joues
‘ en a qui suent qui triment qui travaillent jusqu’à se tordre le cou
pour un salaire de misère négligeable pour le quotidien et son coût
‘ y en a qui pètent la forme et qui font rien de leurs dix doigts
nés dans du coton et tout brille autour de soi
‘ y en a qui, cloués dans une chaise, font avancer la science en découvrant de nouvelles lois
‘ y en a qui prient, leur humilité leur fait baisser le ton
d’autres prient à « cor et à cri » et s’acharnent à s’estampiller le front
‘ y en a qui croient que tout s’achète
mais finissent vivant seuls sans que personne ne s’en inquiète
Dépourvus d’amour de tendresse et d’une quelconque silhouette
‘ y en a qui commandent au doigt et à l’œil des empires entiers
mais ignorés jusqu’à l’existence par de simples bergers
‘ y en a qui croient de ne jamais mourir et rêvent d’éternité
‘ y en qui à la fleur de l’âge tourne la page de la continuité
‘ en a qui vivent longuement avec des infirmités
Comme d’autres, longtemps mais les bras croisés
La vie au quotidien est une école
où tu apprends tout sans protocole
Ni mauvaise note ni exclusion ni colle
Faut savoir ouvrir les yeux attraper les idées en plein vol
La vie nous apprend plus qu’il n’en faut
Lire entre les lignes comprendre les demi-mots
Décrypter les signes
Et séparer le vrai du faux
Être à l’affût des changements
Des habitudes et des manquements
Tirer des leçons des échecs
Des moments où l’on a mangé que du pain sec
Des nuits d’hiver noires, tristes et du « froid » qui allait avec
Entendre les pensées des autres en regardant leur mines
Surtout de ceux qu’on aime pour qui on a l’oreille plus fine
Sécher leurs larmes, redessiner leur sourire
Leur dire qu’on peut toujours subir le pire
Mais pour éviter cela, faut avoir foi en l’avenir
Pour faire un cycle, une révolution, il faut quatre saisons
Chacune d’elles dit avoir raison
De changer la couleur de l’horizon
Et peindre les contours chacune à sa façon
Je regarde et pour ne pas voir je ferme les yeux
Je lis, comprends mais pas forcément comme eux
J’entends des discours très solennel mais avec des mots creux
Je lis des choses qui m’énervent et d’autres qui me rendent radieux
Je dis des mots doux tantôt rudes tantôt de feu
En mesurant leur portée pas une fois mais deux
Dès fois plus, en fonction des enjeux…
J’élucide des problèmes complexes et bute sur d’autres, triviaux
Et m’arrive de confondre être triste et être heureux
W.S.21.09.24
